Quelles politiques d’alimentation en commun ?

De Wiki des communs

Contexte

L’alimentation est au coeur de nos vies. Il s’agit d’un enjeu intime présent dans chaque foyer qui est également social et culturel. L’alimentation porte également des enjeux économiques et écologiques. Les défis pour une alimentation de qualité sont nombreux : les villes moyennes subissent la désertion des commerces et de la vie urbaine. Les territoires ruraux subissent un vieillissement de la population et un départ de la jeunesse qui rejoignent les métropoles où l’alimentation est principalement contrôlée par la grande distribution. L’industrialisation de l’alimentation impacte la santé des habitants et la biodiversité.

En clair, l’alimentation est un enjeu central des politiques municipales dot l’objectif est de favoriser une alimentation saine et le bien être pour tous les habitants. Nous soutenons que l’alimentation peut devenir un enjeu important qui régénèrent les villages, les villes moyennes et les métropoles à travers la mise en place de projets stratégiques alimentaires.

Dans son ouvrage « Ville Affamée, Comment l’alimentation façonne nos vies », Carolyn Steel se demande « si nous concevions une ville à travers la nourriture, à quoi ressemblerait-elle ? Elle propose quelques pistes, la ville entretiendrait des liens forts avec son hinterland local grâce à un réseau en treillis avec des marchés actifs, des boutiques de proximité et un sens aigu de l’identité alimentaire. Ses logements seraient construits avec de grandes cuisines confortables, il y aurait des jardins partagés, voir un abattoir local. L’école de quartier apprendrait aux enfants dès leur plus jeune âge à connaître, cultiver et cuisiner les aliments. Par dessus tout, la ville célébrerait la nourriture ; elle s’en servirait pour rassembler les gens. Le plan d’urbanisme utiliserait les réseaux alimentaires pour « ensemencer la cité », mettant en place des mécanismes physiques et sociaux qui évolueraient naturellement avec le temps. Grâce à une meilleur protection du gouvernement contre les métropoles, la ville bénéficierait d’une souveraineté alimentaire accrue. Par ailleurs, elle aurait accès à une production alimentaire d’échelle moyenne, gérée de manière éthique et contrôlée en toute transparence". Cette vision mériterait d’être adaptées à chaque territoire et complétées par de nombreuses autres propositions, elle permet d’envisager plusieurs propositions pour favoriser une alimentation en commun. Problématiques

La souveraineté alimentaire locale

Une politique municipale qui favorise l’alimentation en commun s’inscrit dans le principe de souveraineté alimentaire locale :

"La souveraineté alimentaire organise la production et la consommation en fonction des besoins de ses communautés locales en accordant la priorité à la production et à la consommation alimentaires locales. Elle donne en outre le droit de protéger et de régulier la production agricole et l’élevage nationaux et défendre le marché local contre le dumping des surplus agricoles et des importations à bas prix provenant d’autres pays. Les sans-terre, les paysans et les petits agriculteurs doivent avoir accès à la terre, à l’eau et aux semences ainsi qu’aux ressources productives et aux services publics. La souveraineté alimentaire et la durabilité sont largement prioritaires sur les politiques commerciales ».

Des cités jardins aux écoquartiers

Cette politique s’inscrit dans une histoire du territoire et des expériences alternatives des cités jardins jusqu’au écoquartiers.

A la fin du XIXème siècle, Ebenezer Howard a imaginé des cités jardins. Il proposait une cité état qui occuperait 2400 hectares dont 400 hectares qui seraient urbanisés et le reste cultivé. L’ensemble des terres seraient détenues et gérés par la communauté, et les rentes seraient utilisés à la gestion de la cité et au financement des travaux et édifices publics. Grâce au lien étroit entre la ville et la campagne, le domaine agricole prospérerait bénéficiant de débouchés pour ses produits et des déchets de la ville pour accroitre la fertilité du sol.

Le principe des cités jardins peut être repris et transformé au sein des écovillages et écoquartiers. Pour ce faire, il s’agit de créer des îlots urbains dédiés à l’alimentation qui favorise l’émergence d’une multitude d’initiative tel que des cuisines collectives, des locaux dédiés à l’alimentation, des marchés locaux, des espaces de stockages… Enjeux

Soutenir la création de marchés alimentaires

Les villes peuvent favoriser la création d’un marché dans chaque village ou quartiers pour favoriser la vente directe entre habitants et producteurs. Le marché est également un lieu de rencontre entre les habitants qui est l’occasion d’échanger des pratiques alimentaires, des recettes et soutenir le réapprentissage de l’art de cuisiner.

Soutenir les agricultures locaux par le biais des AMAP

Soutenir la création de jardins collectifs

Les habitants et la municipalité peuvent soutenir la dynamique de développement des jardins collectifs et les expérimentations d’une agriculture productive. Toutefois, les jardins collectifs subissent la rareté et le coût du foncier urbain qui nécessite le soutien des municipalités par la mise à disposition de foncier.

Ecrire une charte de la récupération des invendus

inspirée de la démarche de Géfélépots à Grenoble : récupérer, trier, distribuer, revaloriser.

Stopper l’urbanisation des terres agricoles et soutenir la création d’exploitations agricoles péri-urbaines

L’autonomie alimentaire d’un territoire passe nécessairement par le développement d’exploitations agricoles péri-urbaines. Pour cela, les habitants et les pouvoirs publics doivent s’opposer à l’urbanisation des terres agricoles qui se poursuit dans de nombreux territoires malgré les outils existants (Scot, Zap, Paen). La transformation des projets d’urbanisation en exploitations péri-urbaines nécessite le soutien des collectivités locales et la mobilisation d’une expertise pour structurer des circuits de consommations, diversifiés les débouchés et la production.

Transformer les centres commerciaux

Les centres commerciaux peuvent être transformés en espace logistique à l’interface entre les zones rurales et les centre villes.

Soutenir la création des coopératives alimentaires de consommation

Une municipalité peut soutenir la création d’une coopérative alimentaire dans son village ou dans chaque quartier.

L’objectif des coopératives alimentaires de consommation est de rapprocher les producteurs des consommateurs pour permettre à tous les habitants d’une commune, y compris les personnes les moins favorisées financièrement, de se nourrir dans de bonnes conditions. Pour les habitants, il s’agit de payer moins cher sans faire porter les économies sur les producteurs. En France, la première coopérative de consommation a été fondée à Lyon en 1835. Tout au long du XIXème siècle, les coopératives de consommation vont se développer dans de nombreuses villes aux côtés de coopérative de production, de crédit et d’habitation jusqu’à laisser entrevoir une république coopérative (Charles Gide). En 1950, le mouvement des coopératives de consommation représente environ 800 sociétés disposant de 800 magasins. En 1976, elles disposent de 6870 points de vente dont 5300 petits magasins (source : Draperi Jean-François, Coopérer pour consommer autrement, Editions des Presses de l’économie sociale 2017).

Les coopératives de consommateurs ont une forme juridique régie par la loi du 7 mai 1917 qui peut être composées soit des seuls coopérateurs ou alors ouvertes à des non-coopérateurs. Elle fonctionne sur le principe démocratique une personne, une voix. Ce statut a été complété par la loi de 2014 qui leur permet de réaliser 20% de leur chiffre d’affaires avec des tiers non membres de la coopérative.

Coordination des acteurs de l’autonomie alimentaire sur un territoire

Du fait de la multiplication des initiatives menées par les citoyens, associations, coopératives en faveur de l’autonomie alimentaire, il est souvent nécessaire de mettre en place des formes de coordination pour réfléchir à des outils de planification démocratiques et des processus de changement (exemple de la coordination alimentation à la Villeneuve de Grenoble).

Renforcer les démarches de planification démocratique

Programmes alimentaires territoriaux, systèmes alimentaires territoriaux qui peuvent être des vrais leviers pour des communes.

Développer des liens avec la recherche Ressources

Richard Jean-Claude, Diony Coop, des coopératives alimentaires autogérées dans le 9-3, Quelques conseils et informations qui vont permettront d’ouvrir une coopérative alimentaire dans votre ville, Les éditions Libertaires, 2017

Draperi Jean-François, Coopérer pour consommer autrement, Editions des Presses de l’économie sociale 2017) Fiche réalisée par

DavidBodinier