Postures des institutions publiques vis a vis des communautés

De Wiki des communs

Cette page donne quelques éléments de stimulation des acteurs institutionnels et des communautés pour leur donner à penser leurs modes d'interactions.

Les problématiques de posture et de culture de travail des acteurs publics qui peuvent porter préjudice aux communs.

Les intentions. Les institutions peuvent avoir tendance à espérer du gros, du visible et de l'impactant. Elles peuvent avoir tendance à demander à une communauté de griller trop vite les étapes du développement et ainsi à entraîner son autodestruction. Prendre soin d'une ressource en commun est un processus qui s'inscrit dans le temps long et dont les règles de gouvernance et les usages doivent se construire pas à pas dans la durée. Si une collectivité propose 100 000 € pour contribuer au développement d'une petite ressource émergente fragile, elle risque de contribuer à la privatisation de celle-ci plutôt qu'à sa pérennité et son ouverture. Une bonne solution est de se rendre disponible auprès des communautés pour les financer à hauteur de leur demande et les inciter à rêver plus grands et plus accessibles. 

La taille, l'historique et l'antiagilité. Une institution est un structure issue de longues péripéties ; elle porte en elle une histoire. Elle a mis en place de très nombreuses procédures et rapports de forces pour répondre à certains de ces enjeux politiques qui sont antinomique avec l'intention d'agilité, de réactivité et de subtilité dans l'accompagnement sur mesure d'une situation singulière. Cela n'empêche pas de collaborer, cependant les agents publics ne doivent pas polluer les communautés avec leurs problématiques organisationnelles propres et ne surtout pas demander aux membres des communautés de se mettre à leur place ou de tenter de comprendre les problématiques de gouvernance dans lesquels ils sont plongés. Les membres des communautés doivent se concentrer sur le travail qu'ils réalisent sur la ressource à protéger. 

L'exploitation de l'énergie des travailleurs des communs. Certains agents publics avec lesquels nous collaborons ont tendance à oublier que nous ne sommes pas salariés ; que nous vivons de nos contributions (faiblement rémunérées) et de nos interventions. Les travailleurs des institutions pensant nous honorer et nous valoriser nous invitent à témoigner, présenter, plaidoyer dans le cadre de temps forts ou de réunions qu'ils organisent, ce temps n'est quasiment jamais rétribué. Je fais partie du peu de personne qui veille à refuser ce type de sollicitation sans réciprocités car j'estime que tout travail mérite rétribution. Lorsque vous concevez vos projets et vos dispositifs, pensez à intégrer des budgets contributifs ou ouverts accessibles aux contributeurs et travailleurs des communs pour qu'ils puissent soit se rétribuer directement lorsque vous les sollicitez soit qu'ils puissent investir financièrement dans la ressource en échange de leur contribution à votre réunion. Le problème des travailleurs des communs est qu'ils affectionnent l'action publique et l'intérêt général, ils auront tendance à accepter de travailler pour vous à titre gracieux, si vous exploitez cette faille, vous ferez du mal aux dynamiques de transition car vous épuisez les travailleurs des communs.

Idées d'atelier pour aborder ces questions

Jeu de rôle "rencontre" : Prenez un cas, un exemple de communauté qui va rentrer en contact avec une institution.

Ces éléments peuvent être discuter après un rapide jeu de rôle dans lequel une institution entend parler ou est sollicité par une communauté en action autour d'une ressource à préserver et développer. Voici les questions posées successivement au groupe dans le cadre d'un atelier :

Les institutions publiques et parapubliques

(voire économiques, académiques et culturelles)

Les collectifs, communautés et groupes en action.
Je décide de rentrer en contact avec eux, comment ? Quelle est la teneur de ma prise de contact ? Je reçois une sollicitation d'une institution, comment je me positionne, à quoi je pense, quelle est ma réaction ?
Comment se déroule la première rencontre ? Que se passe-t-il ? Comment se déroule la première rencontre ? Que se passe-t-il ?
Que se passe-t-il suite aux premières rencontres et à la compréhension des intentions et des envies du groupes ? Comment imaginez-vous interagir avec l'institution en question dans le cadre de vos projets ?
Vous suivez la communauté depuis une dizaine de mois, vous êtes fière de cette initiative ; vous sollicitez régulièrement vos interlocuteurs et interlocutrices pour venir témoignez dans le cadre de réunions oud e conférences que vous organisez, vous emmenez systématiquement vos invités et partenaires visiter le projet et questionner les membres de la communautés. ←Vous trouvez ça normal ?

Il est probable que les institutionnels se positionnent comme détenteurs de l'intérêt général, qu'ils invitent la communauté à venir présenter son projet dans les locaux de l'institution, qu'ils présentent leurs enjeux propres, qu'ils questionnent sur des modalités d'évaluation de la performance qui leur sont propres (calendrier, modèles économiques, impacts, etc.) voire qu'ils tentent d'être en ingérence ou en animation de la dynamique. L'idée de cet atelier est de bousculer cette posture et de passer le message aux institutionnels et aux membres des communautés que ce type d'interaction est néfaste pour les projets de transition. L'acteur public s'il souhaite se rendre utile et favoriser cette transition (qu'il ne parvient pas à impulser de par ses lourdeurs bureaucratiques et politiciennes) doit se mettre à côté voire en dessous des communautés et se penser comme soutien et appui :

  • aller sur le terrain de la communauté et non pas inviter chez lui
  • écouter et comprendre puis proposer une aide adaptée et non pas partager les enjeux et trouver des terrains de consensus.
  • alimenter le collectif en connaissances sur l'écosystème politique et territorial et non pas leur présenter comme des limites et des contraintes.

Jeu de rôle "déclaration d'amour" ou "lettre de rupture"

  • Le groupe 1 rédige une lettre d'amour de l'acteur public aux commoners
  • Le groupe 2 rédige une lettre d'amour des commoners à l'acteur public
  • Le groupe 3 rédige une lettre de rupture de l'acteur public aux commoners
  • Le groupe 4 rédige une lettre de rupture des commoners à l'acteur public.

Retrouvez les lettres touchantes rédigées et déclamées dans le cadre des ROUMICS 2019 : https://soundcloud.com/catalystcommuns/sets/roumics-2019-lettres-amour-ou-rupture-des-commoners-a-lacteur-public-et-inversement